lettre à Monsieur le Professeur Frédéric Rognon

Publié le par Jean Coulardeau

Le 12 décembre 2010

À :

Monsieur Frédéric Rognon

[…]

67 […).

Monsieur le Professeur,

 

Vous semblez profondément indigné par mon refus de vous rencontrer, malgré mon acceptation du départ. Sans mettre en doute votre sincérité, permettez-moi d'apporter les précisions suivantes.

Je vous avais posé de suite un certain nombre de questions. Voir à ce sujet mes lettres des 25 juillet et 20 août. Vous n'avez pas répondu intégralement à celles-ci pas plus qu'à celle du 20 septembre, malgré mon insistance.

Finalement, je ne vous demandai plus que deux choses (ma lettre du 15 novembre) : être sûr que vous condamnez le révisionnisme - vous ne m'avez toujours rien dit des révisionnistes que vous connaissez comme moi - et avoir la certitude que notre conversation ne servirait pas cette cause nauséabonde qui n'hésite pas à utiliser Louis Lecoin, Lanza del Vasto voire Jacques Ellul, j'en ai la preuve.

Au lieu de cela vous montez sur vos grands chevaux, et sortez vos titres comme un cow-boy ses revolvers. Alors permettez-moi d'y regarder de plus prés.

Dans votre lettre du 14 novembre 2010 vous écrivez : «... j'ai repris « Un chrétien pour Israël » et j'ai comparé page après page les deux versions (celle de 1986 et celle rééditée dans « Le défi et le nouveau ») mais je n'ai trouvé aucune différence. Peut-être faudrait-il faire le même travail avec « Israël, chance de civilisation » et les textes originaux qui y sont compilés ». Autrement dit les modifications qui me sont apparues à la simple lecture et que Dominique Ellul reconnaît avoir faites avec son frère Jean ne sont qu'illusion.

Christian Moreau a comparé les deux versions et a trouvé beaucoup d'autres bidouillages dont certains modifient le fond de la pensée de l'auteur. Il a trouvé 74 modifications étalées sur 35 pages. Nous allons nous atteler au deuxième ouvrage.

Que penser de votre affirmation écrite ? Soit vous couvrez les magouilles de Jean et Dominique, soit vous n'avez pas comparé et tentez de me le faire à l'esbroufe, soit enfin vous n'avez rien vu. Dans tous les cas vous vous comportez comme quelqu'un .d'irresponsable, indigne du titre de Professeur d'Université et de tous les autres dont vous vous parez. Où est la « force de la vérité » chère à Lanza del Vasto ?

Dans ma lettre du 20 septembre, je tente de nouer le dialogue avec vous sur la position d'Ellul à propos d'Israël. J'essaie de vous expliquer comment je comprends sa pensée, je vous parle de Camus. Au lieu de me répondre, vous affirmez à chaque courrier qu'Ellul est un inconditionnel d'Israël au point d'en perdre son esprit critique. Ou vous cherchez le conflit ou vous n'avez rien compris. Comment pouviez-vous espérer me convaincre de mes erreurs si vous n'apportez pas d'éléments au débat qui ne saurait être exclusivement oral ? Détail amusant, vous n'envisagez l'erreur que de mon côté !

Il y a quarante ans, à Nantes, j'entendais ce style de propos dans la bouche du pasteur René Cruse discutant avec le pasteur du centre protestant de la ville. Il en tirait la conclusion qu'Ellul étant de droite, il ne fallait pas écouter ses critiques théologiques et sociologiques. Exit l'emmerdeur.

Insidieusement, on retrouve la même chose sous la plume du Professeur Patrick Chastenet. Il écrit dans un document publié sous l'égide de l'Association Internationale Jacques Ellul et extrait de « Jacques Ellul, penseur sans friontières », Le Bouscat, L'Esprit du Temps, 2005 : «...en 1934...il militait au sein d'une mouvance non-conformiste stigmatisée comme « profasciste » par l'intelligensia stalinienne. » Rien ne vient relativiser cette affirmation, bien qu'elle soit contraire à toute la pensée de Jacques Ellul. Dans le même document, le même Chastenet écrit: « Ellul refusait toute filiation intellectuelle avec Martin Heidegger dont il connaissait, dés 1934, l'engagement nazi. » Cette sournoise propagande fait d'Ellul un homme de droite. Et cela finit par porter ses fruits : à Marseille à la 2ième foire aux livres anarchistes le 13 novembre dernier, une dame est venue gentiment m'expliquer qu'Ellul ne pouvait pas être une référence en raison de ses engagements pro-israéliens et anti-musulmans. Ceux qui devraient expliquer, nuancer, ne font que jeter de l'huile sur le feu.

Je ne regrette pas de ne pas vous avoir rencontré. Vous prendrez ce que vous voudrez dans mes textes. Tous ceux qui publient prennent le risque d'être déformés en étant cités, je l'accepte. Si vous ne comprenez pas ce que j'ai écrit sur les mathématiques, vous pourrez toujours demander au Professeur Didier Nordon de vous l’expliquer, puisqu'il a plagié, en l'améliorant, mon texte dans « Les mathématiques pures n'existent pas ». Bien qu'Ellul le lui ai fait remarquer après la première édition, il a récidivé dans la deuxième. Comme dit Alexandre Grothendieck, l'université héberge beaucoup de plagiaires.

Devenu paysan, mes titres ne comptent plus et c'est tant mieux. Je ferai dans l'avenir ce que ma conscience me dictera conformément aux combats qu'Ellul m'a appris à mener.

Cette lettre à été rédigée en collaboration avec Christian Moreau qui la signera avec moi. Nous lui donnerons la publicité que nous jugerons utile.

Dans l'espoir, toujours possible de jours meilleurs, veuillez croire, Monsieur le Professeur, à mon profond regret pour cette fin calamiteuse.

 

Jean Coulardeau                                                               Christian Moreau

 

 

P.S. je tiens, à la disposition de tous ceux qui en feront la demande, la totalité de la correspondance échangée avec Monsieur le Professeur Frédéric Rognon à l'occasion de notre rencontre avortée. A plus tard pour la suite.

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