L'ordinateur, dernière Tour de Babel
 
Dimanche 29 juillet 2007

                                        Analyse faite par la revue Silence

 

 

 

Préfacé par Dominique Ellul, la fille de Jacques Ellul, cet ouvrage est le fruit d'une longue réflexion sur l'introduction de l'ordinateur dans notre vie. Comme la Tour de Babel, l'ordinateur pourrait devenir non pas le moyen de communication tant vanté, mais le moyen de notre enfermement, de notre isolement et donc précipiter dans l'abîme tout ce qui fait notre civilisation. L'auteur, Jean Coulardeau, ancien objecteur de conscience emprisonné‚ au début des années 60, s'est intéressé très tôt au détournement des idées, des organisations, des projets, à la récupération par le système, par le politique. Il nous interroge donc ici sur ce que représente l'usage d'un outil un peu particulier : ne va-t-il pas comme de nombreuses autres constructions humaines servir au contraire de ce pourquoi il est conçu? "Les cybernautes forment une population qui tend à se rassembler. L'ordinateur n'ouvre pas les humains sur le vivant, mais les ferme dans une cité artificielle qui se croit toute puissante" [p.23]. En tant que militant anarchiste, il préfère celui qui se place en opposant libre plutôt que ceux qui suivent des appels qui cherchent à réunir autour d'un débat informatique. Reprenant les idées de Jacques Ellul sur les méfaits de la technique, il l'applique au cas des ordinateurs. Ainsi, il fait un rapprochement entre la course à la puissance avec la course au pouvoir dans la société, avec la montée de la violence : plus la puissance de l'outil augmente et plus elle crée une séparation entre ceux qui l'ont et ceux qui n'y ont pas accès. L'ordinateur, comme les autres techniques, est un facteur d'inégalité. Alors que certains outils facilitent l'autonomie de l'individu, essayez donc d'autoconstruire votre ordinateur : l'ordinateur offre donc une liberté fortement surveillée ! Si l'ordinateur peut vous donner une impression de grande liberté en allant télé-travailler à la campagne, c'est le même ordinateur qui déclenchera demain le lancement d'un missile nucléaire : l'ordinateur est comme beaucoup d'autres techniques, un outil à la fois civil et militaire. Jean Coulardeau pose une cruelle question : si l'ordinateur n'existait pas, il nous amènerait sans doute à vivre autrement, mais limiterait considérablement la puissance de ceux qui sont susceptibles de (finir de) détruire le monde (les premiers ordinateurs ont permis la mise au point de la première bombe atomique). Si les réflexions sont fort pertinentes, on s'étonnera qu'un anarchiste s'appuie sur la Bible (d'où vient l'image de la Tour de Babel) pour expliquer la source de ses critiques et fait de larges digressions dans le domaine de la religion.

La conclusion de l'ouvrage laisse également sur sa faim: "Je ne vois pas d'issue dans le chemin suivi actuellement par notre société. Nous ne pouvons pas continuer à distribuer 80% des richesses à 20% de la population. L'ordinateur nous donne l'illusion que nous sommes invincibles. Il endort notre vigilance et nous empêche de voir le gouffre vers lequel nous nous précipitons" [p.173]. Même si cela se termine par une chanson de Brel "Quand on n'a que l'amour...". On regrettera qu'un chapitre au moins n'explore pas des pistes pour éviter la chute.

MB.

 

 

 

Ce commentaire paru de mars 2007 est d'autant plus agréable à lire que j'ai  copieusement engueulé son auteur à propos de l'éradication du varron que la revue n'a pas dénoncé comme elle aurait dû, c'est le moins qu'on puisse dire. Dans les jours qui viennent je compte rendre publique une sévère mise en cause du contenu de mon livre, écrite en réaction à ce commentaire "élogieux", pour amorcer encore plus le débat que je voudrais susciter. Pour répondre au reproche de Michel Bernard de ne pas fournir de pistes d'évitement de la chute, je me contenterai de dire que je ne veux pas fournir de recettes qui nous conduiraient tôt ou tard au même ordinateur, mais plutôt une invitation à tourner le dos au chemin  tout tracé, pour aller explorer des voies nouvelles dont personne ne sait précisément où elles mènent.   Jean C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Jean Coulardeau publié dans : Articles récents
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Commentaires

commentaire n° : 1 posté par : cerise (site web) le: 27/03/2007 10:47:58

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