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Auteur : Jean Coulardeau  La Ribe - 43430 LES VASTRES

Editions La Galipote Rue du Commerce 63910 Vertaizon tél. 04 73 68 08 83

Conférences

CALENDRIER DES CONFERENCES/EMISSIONS RADIO DE JEAN COULARDEAU

 

27 novembre 2009 Conférence: Jacques ELLUL, une pensée agissante à 19h30 Salle Gabriel Crépet 42240 Unieux

 

28 avril 2007 Journée Dédicaces Librairie Les Volcans 80 bd F. Mitterrand 63000 Clermont-Ferrand : Jean Coulardeau dédicacera son livre "L'ordinateur dernière Tour de Babel ?" toute la journée. Venez nombreux faire sa connaissance !

 11 mai 2007 à 18h30 conférence au Centre Pierre Cardinal au Puy en Velay sur le thème "Notre Maître l'ordinateur.

 28 mai 2007 à 20h30 conférence "Notre Maître l'ordinateur" au Château Bignon, Bourbon l'Archambault (Allier)

27 juin 2007 à 18 h conférence à l'Espace thermal d'Aix les Bains sur le thème "Notre Maître l'ordinateur.

20 juillet 2007 Bibliothèque de Chambon sur Lignon Haute Loire

14 septembre 2007, à 18 heures présentation-débat, particulièrement sur le thème de l'erreur de l'écologie politique dominante actuelle, au Centre écologique de Vaugran, 30480 Saint Paul Lacoste, renseignements au 04 66 55 67 57

Samedi 10 novembre 2007, de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h Jean Coulardeau dédicacera son livre "L'ordinateur dernière Tour de Babel" à la médiathèque de VERTAIZON (Puy de Dôme).

Jeudi 19 février 2009, à 13 heures, à l'Ecole de gestion et de commerce de Chambéry, conférence: L'addiction à la technique nous laisse-t-elle une chance?

 

 

Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 10:09

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POURQUOI CETTE PUBLICATION

 

 

 

      Les livres de Jacques Ellul se divisent en deux volets. Le sociologique, (le sociétal), commencé avec La technique ou l'enjeu du siècle et terminé avec Le bluff technologique, et le spirituel, (le religieux, le théologique). Il en écrivait toujours un dans chaque catégorie. Peu ont remarqué cette alternance. Il m'avait de nombreuses fois dit qu'il y en avait un en préparation qui ferait le pont entre les deux catégories : Technique et Théologie. A sa mort ce livre a été trouvé dans ses papiers. Jacques Ellul laissait deux manuscrits inédits. Le premier Ethique de la sainteté était terminé, prêt à remettre à l'éditeur. Il devait être édité à sa mort (1994), ainsi en avait-il décidé. Si le manuscrit intégral est encore dans les mains de l'un de ses enfants, peut-être le verra-t-on sortir un jour. Je n'ai pas beaucoup d'espoirs. Pourtant cet ouvrage est attendu par beaucoup car il l'avait annoncé à plusieurs reprises dans ses livres. Il avait même exprimé sa volonté de le voir paraître après sa mort, lors d'une émission religieuse télévisée. Mais qu'est-ce qu'un testament pour le respecter aujourd'hui? Le deuxième Technique et Théologie se trouvait dans le désordre et aurait certainement été revu par lui s'il l'avait fait éditer. Il lui tenait peut-être moins à cœur, mais n'en est pas moins essentiel pour ceux qui s'intéressent à la pensée et à l'œuvre de Jacques Ellul. Le manuscrit était dans un tel désordre qu'il était difficile de le publier tel quel. Je possède une copie du manuscrit que je garde précieusement.

 

      J'en serais resté là si certains livres n'avaient pas été modifiés lors des rééditions  faites par ses enfants. La plupart du temps les modifications visibles à l'œil nu sont puériles et maladroites. Elles perturbent la lecture du texte et empêchent un véritable travail historique. Parler par exemple d'ex-URSS, dans Un chrétien pour Israël, revient à prêter à l'auteur un sacré don d'anticipation! Oublier une fois de faire précéder URSS du préfixe ex, attire l'attention sur la modification. Mais il est des "révisions" qui portent atteinte au texte lui-même, qui en modifient le sens. Quand j'ai découvert les premières j'ai été très attristé. Quand j'ai découvert l'ampleur du bricolage, mon sang n'a fait qu'un tour. «On ne fera pas ça à mon ami». De quel droit les enfants de Jacques Ellul peuvent-ils se permettre de modifier les travaux de leur père ? Qui les aurait incités à le faire ? De quel droit enlèvent-ils aux lecteurs les moyens d'analyser une œuvre majeure du XXe siècle ? Ce d'autant plus que dans les rééditions ils prétendent, n'avoir rien changé au texte original. Il se serait battu pour rétablir mon intégrité si elle avait été atteinte, je devais donc moi aussi faire quelque chose. Il m'avait d'ailleurs dit qu'il comptait sur ses amis, passés et à venir, pour rétablir la vérité.  Il ne se faisait pas beaucoup d'illusions, il savait que des saboteurs tenteraient de le discréditer. Ils le faisaient déjà de son vivant.

 

      Pendant 32 ans j'ai travaillé avec Jacques Ellul. Entre autres, nous avons collaboré à de nombreux procès. Il n'a jamais hésité à se jeter à l'eau pour sauver quelqu'un qu'il savait avoir raison face au rouleau compresseur de l'administration. Dans un de ses livres il cite les actions que j'ai pu mener comme un modèle de ce qu'il préconise (Anarchie et christianisme).

 

      Alors j'ai décidé d'agir comme il m'a toujours appris à le faire. Par exemple, lorsqu'un éditeur s'opposa à la réédition de La Technique ou l'enjeu du siècle, il me demanda, en1971-72, d'en faire une édition pirate qu'il se chargea de diffuser. Je viens donc de remettre à la famille, et à l'association, ma version de Technique et Théologie qui est désormais prête pour l'édition. Elle servira "d'étalon" pour éviter toute modification. Comment mieux commémorer le centenaire de la naissance de Jacques Ellul en mai-juin 2012 qu'en publiant les inédits? Dans l'attente de la parution du livre par les enfants  de Jacques Ellul, je diffuse sur Internet, à titre informatif, le début et la fin de l'ouvrage (*). Je n'y diffuserai la totalité que si les enfants ne procèdent pas à son édition ou s'ils entendent modifier le texte de ce livre. Cette parution serait doublement sacrilège. Une première fois parce que je passerai par Internet pour le faire, ceux qui me connaissent savent ma défiance pour les ordinateurs et la société informatique. La seconde parce que c'est tout simplement interdit. Cette œuvre appartient aux héritiers qui peuvent me traîner devant les tribunaux pour cela.

 

      Bien évidemment je n'ai pas travaillé seul. Des amis tout aussi indignés s'en sont mêlés. Quand ils ont découvert l'ampleur des modifications, principalement sur les livres religieux et particulièrement sur Un chrétien pour Israël, la négation de ces changements par des théologiens peu soucieux de la vérité, la présence derrière tout cela d'un groupe révisionniste …, ils m'ont offert leur collaboration. Nous avons donc lu et relu les textes, classé les documents, cherché beaucoup de mots, unifié l'écriture (majuscules, italiques…) bref, fait un travail d'édition sans modification du manuscrit. Notre seule intervention  réside dans l'agencement des chapitres, d'autres arrangements sont possibles. Nous donnerons à chacun qui le demandera les informations nécessaires à la compréhension de notre démarche. Nous aurons fait des erreurs également, nous nous en excusons par avance. Il est pensable que ce travail soit amendé par les lecteurs, nous aurions une édition interactive. Ce que je proposais à l'un des fils de Jacques Ellul pour éditer ce livre.

 

      Quand je vois l'actualisation générée autour de la pensée de Ludd et que je la compare à l'immobilisme des "propriétaires" de la pensée de Jacques Ellul, je suis un peu désespéré. Puisse cette publication contribuer à faire survivre et se poursuivre dans l'action l'oeuvre de celui qui fut mon ami et qui a tellement marqué nombre de nos contemporains.

 

      Il me faut remercier tous ceux qui m'ont aidé et qui souvent n'ont pas compter leurs heures, y compris d'encouragement. Il faut aussi dire un grand merci à Sivone Ellul, la compagne de Jean Ellul, qui fit le premier tapuscrit du texte. Nous avons beaucoup utilisé son travail remarquable, à son corps défendant. Quant à la couverture, elle est de notre cru. Il nous a semblé que la préhistoire et la critique du système technicien se mariaient à merveille.

 

 

                                               Jean Coulardeau  (Septembre 2011)

 

 (*) tourdebabel.over-blog.org


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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 10:00

 

Introduction

 

 

 

     Il fallait bien que j'en vienne en ce point, où ces deux séries de travaux que j'ai menées jusqu'ici, théologique et sociologique (sur la société technicienne), apparemment parallèles et sans relation l’une avec l’autre se rencontrent. Et à partir de ce point, il paraîtra je pense clairement que tous mes écrits théologiques étaient conçus en fonction d'une critique du monde où nous sommes, et que tous mes livres sur la société technicienne (tous les autres) étaient la recherche du donné réel dans lequel, peut - ou ne peut pas - s'inscrire, la révélation, en une vie qui se voudrait chrétienne. Mon objet ici n'est pas de juger la Technique d'un point de vue théologique, ni de dire la vérité absolue sur la Technique, ni de l'inscrire dans une belle construction, où tout trouve sa place - la Théologie n'a plus de discours éminent, nous le savons bien - et si j'écrivais un texte intitulé Linguistique (ou Structure) et Technique, j'aurais aussitôt une approbation générale, car la linguistique a remplacé la Théologie triomphante - avec les mêmes erreurs. Un de mes propos est donc de montrer que quand même la Théologie continue à avoir quelque chose à dire au sujet du système technicien et, sur la société technicienne. Et quelque chosede probablement décisif, avant-dernier, radical et actuel - plus actuel que tout autre discours. Puis, et cela,  pour ceux qui se reconnaissent chrétiens, il ne faut pas oublier que la théologie ne peut être que provocation à l'action. Comment négligerait-on que la foi chrétienne implique totalement une pratique, (sans qu'on puisse l'y réduire!). Dès lors, la pointe est bien "qui être" dans une telle société, qui se monnaie, évidemment en un "quoi faire"- Si bien qu'il ne faudrait pas se rassurer si l'on arrive à des formules théologiques satisfaisantes, à une élucidation du Technique à partir de la Théologie. Il est bien certain que cela n'a aucune importance à moins de déboucher dans le concret d'un vécu qui en est inspiré. Il n'y a pas de vérité théologique en soi. Il n'y a pas de possession d'une vérité.

 

      Il y a lumière et force, il y a audace et projet, il y a discernement d'un esprit, il y a signification à partir d'un transcendant qui se révèle, et c'est tout ce que la théologie peut nous fournir. Elle ne remplace pas la voix. Faire de la théologie un jeu intellectuel ou un substitut de l'expérimenté, c'est la trahir. Je récuse donc totalement le discours moderne sur la théologie qui la qualifie d'idéologie de la classe dominante. Pour parler ainsi, il faut évidemment commencer par récuser la possibilité même d'un Transcendant qui se révèle. Et certes, il est légitime quand on n'est en rien fidèle à Jésus-Christ de le récuser, et dans ce cas en effet la Théologie en tant que telle n'a rien à dire à celui-là qui ne peut pas écouter - qui littéralement n'a plus d'oreille parce que son oreille est totalement bouchée par la clameur de ce monde. Mais il n'est pas légitime d'adopter cette attitude si on prétend se référer quand même à Jésus-Christ, parce que celui-ci n'est rien sans un Transcendant qu'il est venu révéler, et n'a rien révélé d'autre que le Transcendant, qui est l'Être absolu, tout entier présent et devenu (en Jésus-Christ seul), immanent. Ainsi le petitcommentaire traditionnel sur l'idéologie est sans autre fondement qu'une foipsittaciste, un lieu commun nouveau qui aujourd'hui paraît en notre sociétévérité scientifique et demain sera aussi oublié que l'Organon ou le DefensorPacis - quoiqu'il en soit il s'agirait donc à l'issue de cette recherche desavoir si quelqu'un qui se réclame de Jésus-Christ a quelque chose de spécifique à être ou à faire dans ce monde particulier qu'est la Technique, et quoi. Mais cela ne peut provenir que d'une réflexion proprement théologique sur celle-ci.

 

      Il me faut auparavant rappeler sommairement pour les écarter la plupart des "interprétations” données par des théologiens au sujet de la Technique... Il y a, me semble-t-il trois courants. L'un qui simplement ne s'intéresse pas à la question, qui ne conçoit pas qu'il y ait un problème théologique. C'est je pourrais dire l'attitude la plus fréquente chez les théologiens de métier. Au fond, on s'intéresse d'une part aux problèmes philosophiques traditionnels, et d'autre part à ce qu'évoque la Bible (lue également au travers d'une grille traditionnelle) - le monde moderne ne les concerne pas. Un érudit et charmant professeur de théologie m'a demandé il y a vingt ans alors que je donnais quelques conférences dans une Faculté de Théologie sur quoi portaient mes cours et quand je lui ai dit : "la Grande ville", il m'a regardé avec stupeur et un émerveillement enfantin, en s'exclamant «C'est extraordinaire, mais comment peut-on faire des cours sur la ville? et en quoi cela regarde-t-il nos étudiants ?...» Nous n'en sommes plus là, mais nombreux sont encore (et malgré les apparences cela revient au même) les théologiens qui considèrent la Technique parmi les objets neutres- lesadiaphora - sur lesquels il n'y a aucun jugement positif ou négatif à porter - qui ne soulèvent de problèmes ni théologiques ni éthiques. La Technique est neutre - l'homme peut en user à son gré. Je ne reprends pas le débat que j'ai mené contre cette idée depuis 1950 ou encore, dans la première ligne Barthienne on dira que seule la grâce importe et que la Technique ne vaut pas la peine que l'on se tracasse tant: "la grâce est la plus forte". Aujourd'hui: un théologien dira moins aisément cela, mais, cependant, il se trouvera toujours dans une situation plus aisée pour débattre de problèmes qui ont un contenu philosophique: on concevra facilement le débat au sujet du communisme, ou de l'avortement ou du structuralisme, ou de tout problème politique (la Bible parle directement du pouvoir politique!), cela au moins est digne que le théologien s'y intéresse, ait un avis, il est sur son terrain (à condition d'y amener les autres!), mais la Technique! la Théologie n'a rien à dire. Sans s'apercevoir que cela signifie exactement que la théologie n'a alors rien à dire à l'homme vivant aujourd'hui dans cette société, ce qui signifie encore que son message est exclusivement céleste, et qu'il y a donc trahison radicale de l'Incarnation. Les deux autres courants peuvent être qualifiés, cela va de soi - de pessimiste et d'optimiste. Et je suis contraint de dire qu'ils me paraissent aussi superficiels l'un que l'autre, aussi incompétents que, par exemple, les innombrables arrangements auxquels nous assistons depuis vingt ans pour concilier et parfois s'identifier le marxisme, ou le communisme et lechristianisme! Simplicissimus! Le courant pessimiste est élémentaire, il semble avoir dominé il y a un demi-siècle. Soit que l'on considère, dans uneapparemment stricte obédience calviniste, que la Technique est le fruit dupéché, donc nécessairement mauvaise. Soit que l'on attribue à la Technique une sorte de valeur apocalyptique (elle conduit à la fin du monde) soit qu'elle fasse partie de "ce monde", tel qu'il est jugé par Jean. Dans tous les cas, elle est opposée au salut, à la grâce, à l'amour, et la seule attitude possible consisterait à la combattre, à s'en passer, etc. Il est trop aisé de déclarer que ceci n'est que le reflet de l'angoisse devant la nouveauté, du regret d'un temps passé, d'une incapacité des chrétiens à entrer dans le monde actuel. Nous pouvons laisser ceci de côté, car cette orientation n'est pratiquement plus du tout maintenue, sauf chez les écologistes. Par contre l'autre courant, optimiste, est de plus en plus florissant. Il s'agit alors par diverses voies de justifier le développement technique et de démontrer qu'il correspond à la volonté de Dieu, que s'il y a des accidents, ce ne sont jamais que des accidents: pour l'essentiel la Technique est bonne et juste. Je prendrai quelques exemples de ces orientations. Et, bien entendu, à tout seigneur, touthonneur, il faut commencer par Teilhard de Chardin: il place l'évolution technique dans une perspective cosmique. On connaît le schéma global: l'unité est la fonction etle critère du devenir cosmique. Partie de la dispersion, la matière se concentre successivement : terre, biosphère, noosphère …etc. Dans cette évolution, la société a sa place: à partir d'une organisation de la société, l'union de l'espèce humaine s'effectue dans le verbe de Dieu. Là, l'humanité s'évade de la terre, et commence la communion avec Dieu. Dans cette évolution de la société, le progrès humain scientifique et technique, et puis le mouvement même de la vie sont en continuité: ils suivent une même évolution vers plus de spontanéité et plus d'organisation, en même temps. Plus de spontanéité parce qu'il y a un mouvement qui va de l'accumulation d'énergie instable à la personnalisation. Plus d'organisation aussi car il y a un mouvement spontané d'unification des personnes. Ce double mouvement manifeste l'esprit: il est donc progressif.  Dans ce schéma, la Technique a un rôle éminent ; on peut aujourd'hui reconnaître quatre effets: au niveau où nous sommes arrivés dans notre histoire, la Technique assemble et organise des matières dispersées, elle permet l'augmentation démographique (qui est un bien en soi par la densification nécessaire), elle engendre de grandes unités sociales et provoque une communion entre les hommes. Elle a ainsi une fonction d'unification lorsque l'humanité est mûre pour l'unité sociologique. Telle est sa première fonction, la seconde est de constituer une matière nouvelle, intermédiaire entre la matière brute et la matière animée. Elle fait participer la matière brute à l'ascension du cosmos vers Dieu. La troisième: à partir de ces deux prémisses, on voit apparaître un système de lignes de forces, et la technique est aujourd’hui le grand agent qui favorise justement l'évolution vers des états d'organisation et de consciencecroissants. Enfin, aujourd'hui, avec les techniques de communication,d'information …etc., c’est la phase décisive de socialisation technique, de co-réflexion, d'unité par l'information, qui aboutit à la maturation de l'Esprit, un ultra-humain provenant du Technique, en vue de l'édification du Christ cosmique. La Technique est alors un outil de spiritualisation. Dès maintenant, grâce à la Technique, il y a commencement d'une autre espèce de vie: la socialisation (permise et provoquée par la Technique) est la concentration progressive à l'échelle planétaire des potentialités disséminées en une unité suprapersonnelle: l'homme par ce mouvement, et dans le processus technique même se christifie.

 

      Nous pouvons prendre un autre exemple de ces théologies justificatrices,sans doute moins ample, mais qui finalement a eu davantage de successeurs, celui de Mounier: nous y trouvons semble-t-il deux racines. Tout d'abord, la notion de progrès colle avec le christianisme: l'histoire a un sens. Le mouvement de l'histoire va vers un meilleur, et ce mouvement est celui même de la libération de l'homme. Or, le progrès aujourd'hui est assumé par la Technique, celle-ci est en effet le moment décisif de cette libération. L'homme est l'auteur de sa propre libération. Tout développement de l'activité de l'homme est nécessairement positif puisque Christ s'est incarné. Et si l'avenir de l'homme est nécessairement positif, il doit en être de même pour la Technique, car celle-ci n'est que l'extension du corps de l'homme dans le corps du monde. Mais l'autre ligne de recherche théologique chez Mounier se réfère à la nature créée de l'homme et à la fonction qui lui est attribuée par Dieu: l'homme a une fonction démiurgique. Grâce à la Technique l'homme devient co-créateur avec Dieu d'un monde nouveau. Mais en même temps, l'homme se crée lui même: il sort des limites et devient adolescent. Il est appelé à prendre de nouvelles responsabilités quin'excèdent pas sa nature mais qui, au contraire correspondent exactement à sanature! L'activité technicienne oblige l'homme à remplir le rôle, envers lacréation à quoi Dieu le destinait. C'est la fameuse "parade à Narcisse". L'homme, grâce à la Technique, sort d'une auto-contemplation stérile et entre dans sa propre réalisation.

 

      Autour de ces deux orientations majeures, nous aurons le développementd'innombrables propositions, qui y sont cachées mais non explicitées. La création de Dieu n'est pas un achevé, un accompli, elle est un ensemble de virtualités que Dieu mettait à la disposition de l'homme. Et celui-ci devait exploiter ces matériaux[1] , "expliquer" ces virtualités: or ce sera précisément par la Technique - ainsi il "réalise" le monde ancien et du coup, l'intention de Dieu. D'autre part, l'homme lui-même était un inachevé, un inaccompli, tant qu'il était dans la relation génétique avec le créateur, il n'était pas celui que Dieu voulait comme vis-à-vis, c'est à partir du moment où il prend son autonomie et agit par la Technique que l'homme devient enfin image de Dieu. Qui plus est, c'est seulement à partir de la rupture avec Dieu que l'histoire de l'homme commence - Felix culpa. Et au cours de cette histoire, il y a sans cesse découverte de la condition humaine elle même: la Technique produit l'humanisation. C'est grâce à elle que l'homme devient majeur et adulte.

 

      Enfin deux autres orientations peuvent être rappelées brièvement: lamatière travaillée par la Technique est le support matériel de la nouvellecréation. Car, toute matière façonnée par le travail technique a reçu une amorce de spiritualisation, autrement dit par le travail technique on prépare le royaume de Dieu, cette matière reflète mieux l'image divine: l'histoire de la technique est à la fois humaine et divine et ainsi chaque technicien a sa fonction pour préparer le Royaume de Dieu. On pourrait dire dans cette perspective (Leloup et Nélis) que plus la grâce abonde, plus la technique progresse. Chaque Machine est une étape de plus vers la "consommation" de toute chose, c'est-à-dire son accomplissement et sa perfection. Et le dernier courant a une connotation plus éthique: la Technique porte une sorte de défi à la perfection de l'homme. Elle implique un développement de sa responsabilité, du sens de la communion, une restauration de la validité du corps[2] . Elle entraîne l'obligation pour l'homme de se révéler comme être libre, d'exercer des choix et de porter des jugements de valeur. Ainsi la technique par cette autre voie oblige l'homme à être homme.

 

      Je ne procéderai certes pas à une critique de ces théories, de cesexplications théologiques. Tel n'est pas mon propos. Je me bornerai à faire trois remarques: en tout ceci il s'agit bien plus de religion ou de spiritualité, de vœux et de gnose, que de théologie. D'autre part, ce qui caractérise tous ces systèmes, c'est une profonde méconnaissance, pour ne pas dire ignorance, de ce qu'est en réalité la Technique. Enfin, il ne peut échapper au regard le plus superficiel qu'il s'agit d'efforts pour justifier par une voie religieuse, la situation telle qu'elle est. Sommairement: étant donnée la technique et le monde où nous sommes, il faut bien que Dieu y ait sa place, il faut bien que nous chrétiens nous affirmions notre relation à ce monde - et de ce fait on cherche à montrer que tout cela est bien conforme à l'intention de Dieu. C'est le processus traditionnel de 90% de l'activité théologique depuis le IVe Siècle. Si la condamnation farouche de style cénobitique, puritain, etc. peut être considérée comme le signe d'une maladie psychologique, d'une inadaptation, d'une paranoïa, ou d'une angoisse prénatale, ces justifications pseudo-théologiques peuvent aussi bien être considérées comme le signe d'une maladie sociologique, d'une peur fondamentale du désaccord et de la singularité, d'une névrose— Dans les deux cas, il s'agit en tout cas d'une absence complète de relation au réel. Je laisse lavérité de côté. Ce bref rappel délimite au moins un certain nombre de points au-delà desquels il faut se situer, et donne l'exemple de ce qu'il est impossible de faire. Hélas, les choses sont plus compliquées que ne le laissent supposer ces gentils compositeurs de symphonies, et ce n'est pas dans un jugement clair et sommaire, assorti de raisons, que la vérité de cette affaire peut résider.

 

 



[1] L'assemblage des lieux communs en ces matières, est dorénavant acquis. Créé à l'image de Dieu, l'homme est fait pour (?) dominer la Nature (?) et se la soumettre grâce à son intelligence (?) Il n'est pas le concurrent de Dieu mais son collaborateur (?) Si l'homme progresse c'est grâce à la science et il acquiert une maîtrise considérable qui révèle une profonde signification théologique (H. Fesquet) - On peut évidemment toujours dire n'importe quoi, mais cet assemblage qui rejette purement et simplement la totalité du message biblique, qui ignore totalement la réalité de la Technique, ces simplifications abusives de quelques hypothèses complexes transformées en vérité de foi, tout cela me paraît hautement inconvenant. Il est inutile de chercher et de réfléchir pour en arriver là! Pur discours de justification de la société actuelle!

 

[2]  Ceci se trouve dans des écrits catholiques de 1955: ce n'est pas aujourd'hui, contrairement à ce que croit BELO, que l'on découvre dans le christianisme, l'importance du corps!

 

Par Jean Coulardeau - Publié dans : Articles récents
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 09:35


II

 

 

 

      Ainsi donc beaucoup d'auteurs se sont déjà attaqué à ce problème de larelation entre la Technique et la Théologie: cherchant à fonder la Technique, à l'expliquer théologiquement, à la comprendre aussi. Mais il me semble que pour toutes les études que j'ai lues, presque sans en excepter aucune, on peut faire une critique commune: certes leurs auteurs sont de bons théologiens, mais ils n'ont en fait aucune idée de ce qu'est la Technique. Ils ne procèdent à aucune analyse rigoureuse et complète. Pour les uns, ils s'attaqueront à un aspect: par exemple l'ordinateur ou bien les télécommunications, ou bien le machinisme industriel. On aura alors des études sur l'ordinateur et la Foi, ou les réactions sociales envers le machinisme. Pour d'autres, on conserve l'idée vague et générale de la Technique qui traîne un peu partout, ils adoptent les lieux communs sans savoir vraiment de quoi il s'agit. Pour d'autres enfin, on adopte un point de vue bien assuré sur la Technique, qui est celui d'un certain courant idéologique. Ainsi beaucoup de théologiens se réfèrent sans plus à l'analyse de la Technique faite par les marxistes ou même les communistes, ou encore aux conclusions du MIT et du Club de Rome: ce qui montre à quel point ces théologiens sont purement et simplement victimes de la mode: ils commencent à s'occuper de la question centrale de notre société lorsqu'elle est portée au niveau des lieux communs par les M.M.C. (Mass Media Culturels) et que tout le monde en parle. Il est très frappant que dans la revue du Conseil Œcuménique spécialement consacrée à ce problème de la société technicienne (Anticipation), il n'y ait pratiquement aucune référence aux auteurs qui ont effectivement tenté une analyse réelle de l'ensemble technique (Mumford, Friedmann, Simondon par exemple). Il n'y a dès lors aucune appréhension globale du phénomène, mais sans savoir de quoi l'on parle, on se révèle comme très sensible, par exemple aux conséquences sociales: il semble que l'humain se situe uniquement à ce niveau. Or, je crois avoir montré, en consacrant douze volumes à l'étude de la société technicienne et du système technicien que nous sommes en présence d'un corps d'une difficulté extrême à connaître. Mais si l'on veut procéder à une étude théologique sérieuse, il vaut quand même mieux savoir de quoi l'on parle. Tous ces articles sont frappés de vanité par leur absence d'objet. Il est vrai que l'on procède parfois autrement, par le dialogue et la confrontation entre scientifiques ou techniciens, et puis théologiens. Ce qui à certains points de vue est excellent. Mais il faut se rendre compte que le scientifique qui connaît fort bien son objet de travail et ses méthodes, ne sait pas forcément ce qu'est la science en tant que phénomène sociologique ou psychologique. Aucun scientifique n'aurait pu écrire l'analyse de Weber ou celle de Kuhn. Quant au technicien, encore beaucoupmoins. Et cela pour deux raisons. La première, c'est que la Science fait l'objet de réflexion et d'études de plus en plus précises depuis trois siècles et surtout depuis cent cinquante ans, alors que sur la  Technique, on en est encore aux balbutiements ; les meilleurs spécialistes de l'analyse de la technique en sont encore aux premières hypothèses. Ainsi un scientifique pourrait avoirconnaissance des travaux sur la science qui ont commencé avec Descartes puisl'Encyclopédie, aucun technicien ne connaît les travaux fondamentaux sur laTechnique prise comme un ensemble: ils sont trop récents! La seconde raison,c'est que le scientifique malgré sa spécialisation est un intellectuel, et peut, accidentellement, faire de la science son objet de recherche, avec plus ou moins de bonheur (ainsi Rostand, Jacob, Monod). Alors que le technicien est, même à un degré élevé, un praticien et un homme d'action: il ne réfléchit jamais sur la technique, à peine sur la sienne propre, et pour la perfectionner. Ainsi la méthode du dialogue est fructueuse pour des secteurs spécialisés entre scientifiques et théologiens (qui d'ailleurs vont presque aussitôt dérailler sur des problèmes métaphysiques), mais elle est nulle entre techniciens et théologiens: ils sont dans des univers différents. Il n'y a aucun terrain de rencontre. Et comme aucun des deux groupes n’a une appréhension globale de la technique, ils ne risquent pas d'avoir une relation fondamentale de recherche.

 

       On en reste dès lors au niveau des opinions. Et dans ce domaine jevoudrais alors souligner trois erreurs communes à pratiquement tous ces travaux de théologiens sur la Technique. La première, c'est qu'ils abordent la question sous son aspect philosophique, c'est-à-dire permanent. Il y a toujours eu des techniques, l'homme est technicien. Ce qu'il y a à chercher à comprendre ou à élucider c'est cette caractéristique-là. La technique est un phénomène permanent, et sans se poser d'autres questions, c'est le fait technique en soi, que l'on va considérer. Autrement dit, on raisonnera théologiquement, indifféremment, sur la technique des australopithèques éclatant le premier pebble, et sur celle de l'ordinateur. Il y a pour tous les théologiens, une identité entre techniques anciennes et modernes. C'est la Technique et c'est tout. Ils ne se demandent pas pourquoi la question ne s'est jamais posée aux théologiens avant ces dernières années. On a toujours posé le problème du travail, jamais celui de la Technique. Il est vrai que dans beaucoup de ces études on ramène presque aussitôt la Technique au travail. Lieu commun bien assuré. Ils ne connaissent donc rien de la spécificité de la Technique dans notre société (et je dis bien de la Technique non pas de certaines de ses conséquences) et de ce fait ne peuvent rien en dire d'un point de vue théologique. Ils ne réalisent pas qu'il y a eu deux retournements radicaux, celui de la fin du XVIIIe siècle qui donne naissance à la société industrielle, celui de 1930-1945, qui donne naissance à la sociététechnicienne, et qu'il n'y a strictement plus rien de commun entre la Technique de notre monde développé, et tout ce que l'humanité a connu depuis deux millions d'années... Ils ne réalisent pas que là plus encore qu'ailleurs joue le fameux jeu du quantitatif et du qualitatif. Le second reproche que j'adresserai à presque toutes ces études c'est qu'elles ne sont presque jamais théologiques, elles reviennent presque aussitôt à des problèmes moraux. Il s'agit de questions de comportements, et par conséquent on se situe à un niveau éthique, or, certes et nous le verrons, il y a bien un ensemble de questions éthiques, mais il y a d'abord quelques problèmes théologiques de fond. Rares sont ceux (par exemple Vahanian) qui ont situé la Technique dans une perspective eschatologique. Le plus souvent dès lors on va se résoudre à poser des jugements de Bien et de Mal sur la Technique, à répartir des techniques bonnes et mauvaises, ce qui prouve que l'on ne sait strictement pas de quoi on parle, mais qui conditionne l'attitude qui fait l'objet de ma troisième critique. Presque toutes ces études, ont une orientation politique (et particulièrement celles du Conseil Œcuménique), elles sont implicitement et parfois explicitement habitées par la conviction que tout peut se résoudre par la voie politique - Soit qu'il s'agisse d'un changement de régime (la Technique cessant d'être nocive dans un monde socialiste) soit qu’il s’agisse d’une orientation politique nouvelle (faire servir la Technique au TiersMonde, au lieu d'en faire un instrument de domination). Dans tous les cas, on pense avec la certitude que tout est affaire de politique, et que grâce à lapolitique on pourra maîtriser et changer la Technique. C'est pourquoi ces nombreuses études nous seront d'une aide médiocre.

 

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III

 

 

 

      Je voudrais en terminant cette introduction poser un problème théologiquefondamental que je n'aurai pas à débattre autrement. Je voudrais le formulerainsi: Le système technicien dans sa réalité effective actuelle rend leTranscendant inévitable. Notre Dieu est-il seulement le Jésus de Nazareth qui a marché sur notre terre, qui a été pauvre, qui a connu toutes les misères del'homme et par là, par là seulement, nous a montré qui est Dieu. Comme on dit parfois, un Dieu qui est tout immanent, et qui est faible. On connaît tous les développements sur la religion et le Dieu bouche-trou. Je ne les reprendrai pas. Or, je voudrais prendre la question d'une tout autre façon. Si l'on sait ce qu'est le système technicien[3] , on est obligé de le concevoir comme un englobant total. C'est-à-dire que d'une part il est une totalité, en second lieu il recouvre, modifie, qualifie la totalité des aspects de la vie humaine, sociale, politique, intellectuelle, des relations humaines aussi bien que de la recherche artistique, et il les transforme tous en autre chose. Enfin, il absorbe, récupère et assimile tout ce qui naît hors de lui. Tous les actes ou pensées de contestation, tout finit par être retourné en faveur du système technicien et trouve sa place en lui. La crainte si fréquente des jeunes d'être "récupérés par le système" est l'expression de la réalité (ils se trompent seulement quant à la qualification du système, quand ils croient qu'il s'agit du capitalisme). Le système technicien est l'englobant total, inévitable et inattaquable.

 

       Dès lors, si nous acceptons d'être ramenés, spirituellement et dans la "religion", à la seule et exclusive relation horizontale, (à la suite de Feuerbach), ceci entraîne quelques conséquences importantes: d'abord il n'y a aucun point de référence qui permette de porter un jugement sur ce système. La référence à Jésus de Nazareth est inexistante, car il n'a rien été d'autre qu'un modèle possible dans une société traditionnelle non technicienne, mais il n'y aaucune commune mesure avec ce que nous connaissons. Il ne peut être ni modèle, ni point de référence, ni inspirateur - Rien - Dans sa globalité, le système technicien exclut ce qui était antérieur à lui, et qui est devenu parfaitement insignifiant et obsolète. Et pour ce qui serait de notre temps, le système technicien absorbe tout l'extérieur pour en faire une partie du système (ce qui produit par exemple le drame des pays du Tiers Monde, qui trouvent là leur véritable nouvel esclavage): il n'y a aucune référence extérieure qui puisse exister, et moins que tout autre la vie ou la conduite des chrétiens.

 

      En second lieu, conservant toujours l'hypothèse du christianisme athée, il n'y a, et c'est une conséquence du premier point, pas davantage de possibilité de critique: s'il n'y a aucun point de référence imaginable externe au système, on ne peut donc avoir aucune vue sur ce système d'un point de perspective non intégré, et par conséquent on ne peut procéder à aucune critique, en fonction de cette vue d'abord, de critères différents ensuite. Et c'est pourquoi, de fait, les études que je critique se situent d'emblée à l'intérieur du système enquestion! Il n'y a aucune possibilité de critique dans les deux sens: ni de mise en question, ni de division. Pour procéder à la critique, l’une ou l’autre, il faut pouvoir être soi-même hors de ce que l’on critique (l’autocritique est le fait, évident d’une pensée extérieure à vous qui vous pénètre et vous oblige à vous mettre en question !). Il faut bien avoir un point d’appui, une autre échelle de valeurs, un instrument d’analyse externe pour faire cette critique. Le chirurgien qui procède à l’ablation d’une tumeur, et fait cette "critique" ne peut pas être dans le patient. Or, le système technicien dans sa globalité exclut une autre échelle de valeurs, comme un autre point de vue, en la rendant rigoureusement inopérante. Et assimile les instruments d’analyse et de critique en les plaçant dans le dilemme désormais classique : ou bien ils peuvent être efficaces, et dés lors ils sont forcément techniques, ils participent au système technicien, ils le renforcent en le critiquant – ou bien ils restent hors technique, et sont de ce fait même inefficaces et sans valeur.

 

      La troisième conséquence, toujours en conservant l’hypothèse de la mort de Dieu (du Dieu transcendant,etc.), c’est que ce monde est dorénavant sans ouverture, sans aucune issue, ni dans son actualité, ni dans son historicité. Il n’y a aucune autre possibilité que d’entrer dans la voie technicienne, il n’y a aucune éventualité d’avoir une vie différente. L’expérience hippie est un phénomène récurrent sans aucune signification. On ne peut pas ouvrir, de l’intérieur, ce monde vers autre chose. La Technique a véritablement tout subjugué : elle se ferme progressivement. Elle devient littéralement l’équivalent du Fatum, de l’anankê, de la fatalité, du destin : d’une part rien ne peut la faire varier dans sa cause, d’autre part elle se totalise indéfiniment au travers même de ses contradictions (car, bien entendu, elle comporte des milliers de contradictions internes, mais qui la font progresser). Et de même en ce qui concerne l’avenir, il n’y a aucune espérance possible. Car tout est déterminé par le jeu du système technicien. Je ne veux pas dire que ce système fonctionne bien, mais qu’il fonctionne seul ; il peut conduire à la catastrophe, mais rien ne peut l’empêcher de fonctionner. Il n’y a aucune issue autre que ces deux éventualités : d’un côté le système fonctionne mal, et c’est la production du chaos, avec des pertes inimaginables (cf. Vacca et ce vers quoi tendrait Bernard Charbonneau) – car tout sera pratiquement anéanti à cause de la globalité même du système- de l’autre, le système fonctionne bien, et ce serait quelque chose d’équivalent au meilleur des mondes (ce que j’étais porté à croire dans ma première étude sur la Technique), mais avec une conséquence aussi catastrophique en définitive, car ce qui sera produit ne sera pas une sorte de paradis artificiel, stabilisé, normalisé, se reproduisant indéfiniment, mais ce sera une véritable entropie, produisant à son tour au second degré un chaos. Or, ces deux issues sont rigoureusement liées à la globalité du système technicien : il n’y a rigoureusement rien d’autre à espérer dans l’avenir. Telles sont les trois conséquences de la théologie horizontale[4].

 

      S’il y a encore une Espérance possible, s’il y a une éventualité que l’homme vive encore (il est vrai que nous avons un monde croissant de penseurs, des philosophes structuralistes et des linguistes et des behaviouristes, qui acceptent d’un cœur allègre la disparition de l’homme. Et en cela ils sont parfaitement cohérents avec le système technicien qu’ils expriment au mieux),s’il y a encore un sens pour la vie et l’histoire, s’il y a une issue qui ne soit pas le suicide, s’il y a un amour qui ne soit pas intégré dans la Technique, s’il y a une vérité qui ne soit pas utile au système, s’il y a au moins le goût, la passion, le désir et l’hypothèse de la liberté, il faut bien prendre conscience que cela ne peut plus reposer que sur le Transcendant. Et très spécifiquement sur le Transcendant tel qu’il est dévoilé dans le christianisme: c'est-à-dire le Transcendant qui se révèle de façon à pouvoir être compris et reçu par l'homme. Le Transcendant qui se dit dans le verbe, mais qui n'en reste pas moins Transcendant pour cela. Car un Transcendant pur, restant inconnaissable, objet de la théologie négative, est parfaitement inexistant aussi pour l'homme. Et s'il intervenait, ce serait alors (et alors seulement) que l'on aurait affaire au fameux Deus ex Machina. Mais ce que Jésus Christ nous révèle ce n'est pas seulement l'exemple de Jésus de Nazareth ni sa présence permanente dans les pauvres, c'est justement le Transcendant, qui s'est approché de nous - Théologie classique et banale? Certes! Mais il n'y en a pas d'autre. Car tout autre discours théologique est rigoureusement ramené à zéro par la Technique. Seul le Transcendant pur, parce qu'extérieur et strictement inassimilable quelle que soit l'extension du système technicien, nous fournit un point de référence, un point de perspective, un appareil critique différent. Seul il permet l'opération critique à l'égard du système. Seul il permet de ne pas se laisser enfermer dans les dilemmes du Technique d'une part, dans les évaluations morales d'autre part. Bien entendu, tout cela n'est pas garanti, n'est pas donné d'avance: ce n'est pasune facilité, car à ce niveau d'analyse nous n'avons pas à attendre que le Transcendant intervienne en tant que tel: c'est évidemment nous qui avons à nous en arranger, à agir, mais il est la possibilité pour que notre intervention ait lieu, sans laquelle aucune action humaine à l'égard de l'englobant universel n'est possible - Autrement dit le Transcendant n'est pas d'abord, à ce niveau ce qui fait mais simplement la condition pour nous d'un faire (toujours, par rapport à cet englobant universel). Il est la présupposition sans laquelle l'idée même d'une extranéité par rapport à la Technique moderne n'est pas possible. Ceux qui, d'un point de vue philosophique ou théologique entendent le contraire, ou plutôt ne posent même pas actuellement cette question, mais qui au vu de mon assertion, n'en verront pas l'importance, manifestent seulement par là qu'ils n'ont aucune idée de ce qu'est la réalité du milieu technicien aujourd'hui.

 

      Mais pourra-t-on dire, ce Dieu qui est alors nécessairement transcendant dans la condition indiquée n'est pas tellement différent des dieux de la Nature, de l'époque où la Nature était le milieu dans lequel l'homme se trouvait. Là aussi il fallait un dieu, transcendant, qui permette à l'homme de combattre la Nature, d'avoir un point de référence extérieur pour pouvoir exactement se situer par rapport à lui et gagner la certitude qu'il pouvait survivre et dominer le monde hostile de la nature. Je serai passablement d'accord. Et j'entends d'ici le chant de triomphe où l'on dira: "donc votre transcendant est un pur ‘religieux’ et n'a rien de spécifiquement chrétien". Avant de répondre je voudrais cependantfaire deux observations: la première, c'est que le milieu technicien est unsystème artificiel volontaire et abstrait. Donc le Dieu Transcendant doit êtreconsciemment entendu, clairement reconnu comme transcendant, et d'uneuniversalité non spécialisée. La seconde, c'est que le système technicien,précisément en tant que création de l'homme, est issu de l'intérieur de l'homme, il exige l'adhésion de cœur de la part de l'homme, il développe les moyens de possession intérieure: l'homme est manipulé de l'intérieur comme jamais il ne le fut au cours de son histoire. Son adhésion au monde naturel était spontanée, immédiate, maintenant, elle est produite par des techniques de transformation: dès lors l'équivalent des anciens dieux de la Nature est totalement insuffisant. Il faut un transcendant qui soit réellement transcendant et non pas seulement cru comme tel par l'homme. Il faut un transcendant qui ne sorte pas de ce cerveau et de ce cœur, sans quoi il ne serait strictement rien de plus que le reflet du système technicien lui-même. On peut dire que précisément, les dieux de la Nature, conçus aussi, pour certains comme transcendants étaient eux aussi des reflets du monde naturel: alors je rappellerai que de façon assez étonnante, le dieu d'Israël lui, n'était pas cela. Il était vraiment différent des autres. Etmaintenant, c'est ce même Dieu, qui en tant que Transcendant ne coïncide absolument pas aumilieu technicien, et parce qu'il n'est pas le produit (même nécessaire, mêmeindispensable pour survivre en tant qu'homme), du cœur et de la pensée del'homme, il est seul susceptible de remplir l'office de salut en ce temps-ci.

 

      Mais il y a un second axe de réflexion. Nous avons dit qu'il est évidentque ce transcendant doit en même temps être celui qui se révèle, se donne àconnaître, dès lors nous ne sommes plus en présence d'un Transcendant hypothèse posé par l'homme pour avoir un point de référence externe à partir duquel une critique serait possible, critique ressentie comme nécessaire, et l'homme se donnerait alors les moyens de l'accomplir, exactement comme le géomètre qui pose un point hors de sa figure pour, à partir de lui, tracer la droite nécessaire (mais on oublie alors si on fait cette comparaison que ce géomètre n'est pas dans la figure!), ce transcendant étant une pure hypothèse humaine. Mais déjà à la fin du point précédent nous avions noté que ce transcendant ne peut pas, pour jouer ce rôle même, être une pure fiction, hypothèse qui disparaît lorsque la conclusion est connue. Maintenant, et comment en serait-il autrement, avec le mouvement de la révélation, nous sommes en présence d'un Transcendant gui agit, et donc est en lui-même. Or, parce qu'il se révèle, cela veut dire que ce monde, si fermé soit-il, ne peut jamais être en réalité fermé, il ne peut pas s'accomplir, il ne peut pas s'achever, se clore dans un système total. Ce monde technicien est exactement soumis à l'histoire de Babel: là aussi, ville construite pour enclore la totalité humaine (y compris ses dieux). Ville universelle - et monde d'où le transcendant devait être éliminé: les murs de Babel étaient destinés à exclure ce Dieu, lui laissant peut-être une porte... Mais voici que précisément parce qu'il est le Dieu qui se révèle, il déclare «Descendons et voyons... »: et alors, Babel éclate. L'ouverture vient de cet extérieur. Et de la même façon, alors que nous, volens nolens, nous ne pouvons que continuer le mouvement qui tend à perfectionner, développer, améliorer le système technicien et donc continuer à clore le système qui nous tient prisonniers, alors que nous ne pouvons procéder à aucune ouverture, aucune percée de l'intérieur, voici que nous recevons l'assurance que celui qui est inassimilable, irrécupérable, proclamera: «Descendons et Voyons...»Dès lors, si nous entendons cette parole, et si nous croyons en ce Dieu de Jésus Christ, Transcendant, Père, et déjà venu, nous pouvons concevoir une espérance, nous pouvons vivre une espérance quelle que soit la situation du monde dans lequel nous sommes. Une ouverture est toujours possible. Donc un sens peut être reçu, découvert et donné. Donc il y a une possibilité d'histoire à faire, une histoire autre que celle de la Technicisation, celle de l'insertion de l'homme dans le monde technique: une histoire qui n'est plus mécanique et nécessaire, mais au contraire à inventer, et une histoire qui ne s'achève pas en catastrophe, quel que soit l'aspect de cette catastrophe. Parce qu'il y a un Transcendant qui peut effectivement venir et bouleverser les données, il est encore possible pour l'homme de faire son histoire à lui, sans être radicalement défini, circonscrit, porté par un Fatum. Mais c'est exactement la seule garantie, la seule possibilité.

 

       Ici nous devons répondre à une dernière objection: ne retrouverions-nous pas le Deus ex Machina qui intervenant de l'extérieur va tout résoudre? Le Dieu bouche-trou que nous situons dans ce transcendant parce que nous ne pouvons pas résoudre nos propres problèmes et que nous chargeons de les résoudre à notre place? C'est tentant de faire cette assimilation, malheureusement elle est totalement impossible. Il faut d'abord prendre conscience de ce que toutes les théologies qui ramènent Dieu à ce monde sont en réalité des conformismes idéologiques à la sociologie de ce monde. Pourquoi l'exclusion du Dieu Père, du Transcendant, de l'Inouï, du Créateur, de celui qui peut intervenir par miracles et prodiges, de la visée verticale? Exclusivement, et je dis bien exclusivement,c'est-à-dire à l'exclusion de toute autre raison et fondement, parce que lesystème technicien nous convainc qu'il n'y a rien au-delà de lui. Ceci devraitnous engager dans une autre voie de recherche, qui après tout n'est pas sansréférence avec "Technique et Théologie" à savoir : quel est le statut, le rôle, la fonction de la théologie dans une société technicienne. Je l’ai abordé incidemment dans tel ou tel de mes livres (par exemple Les Nouveaux possédés) mais il conviendrait d’en faire une étude systématique, et l’on s’apercevrait alors que cette théologie moderne est l'exact reflet, le produit idéologique de la technique, destinée à aider celle-ci à s’achever, se clore et se parfaire. Affirmer un Transcendant par rapport au technique, c’est cela aujourd’hui qui est la voie du non conformisme.[5]

 

      Ne vous conformez pas au siècle présent: c'est cela maintenant qu'ilconvient de faire. Mais il reste un dernier pas: ce Transcendant n'est pas un deus ex machina ni un Dieu bouche-trou parce que, nous le savons bien, il se révèle, c'est-à-dire qu'il se manifeste souverainement, par une action libre, non obligée, à nos yeux incertaine, et sans aucune nécessité - Autrement dit, même si nous croyons pleinement en ce Transcendant, nous n'avons aucune garantie. Il n'y a aucun mécanisme mis en place - Il n'y a aucune libération qui intervienne automatiquement. Il peut intervenir. Et d'autre part tout ce que nous savons de lui, en Jésus Christ, c'est qu'il aime sa création, sa créature, et qu'il vient pour libérer et sauver. Donc nous croyons qu'il interviendra - et nous vivons dans cette espérance, nous sommes portés à agir nous-mêmes dans cet amour. Mais s'il s'agit donc bien que nous agissions nous-mêmes, il n'est absolument pas suffisant que nous ayons la conviction d'un transcendant qui serait illusoire et purement subjectif. La subjectivité de la foi ne peut pas en cette occurrence suffire et remplacer l'objectivité du Transcendant. Je ne rentre pas dans ces termes du débat entre Bultmann et Barth: ce débat en tant que philosophique est infini - Mais ici nous ne faisons pas de philosophie - J'ai envie de reprendre la querelle que Marxmenait contre les Jeunes hégéliens  quand il disait: « lorsque ceux-ci pensent quela révolution par l'Idée est la révolution, et qu'ils attaquent la propriété privée sur le plan philosophique pensant ainsi avoir tout fait, ils aboutissent à faire une idée de révolution, et à détruire une idée de propriété, cependant que la réalité économico-juridique de la propriété privée reste telle quelle et que la condition des exploités n'a en rien changé. » De même, nous n’avons pas affaire  à un phénomène purement subjectif qui nous met en question : le système technicien est terriblement objectif, réel, extérieur à nous. Et c'est cela - non pas l'idée que nous nous en faisons, ni l'impression que nous en avons, ni quelque petit inconvénient individuel - que nous avons à maîtriser ou à combattre selon les cas. L'idée d'un Transcendant réduit à ma foi subjective, d'un Ressuscité vivant seulement dans le cœur de ses disciples et le nôtre ensuite, me donnera peut- être envie de le faire, mais assurément aucune possibilité suffisante. J'aurai alors l'impression de m'être libéré, mais rien de plus. Il s'agit, en cette occurrence(je ne vais pas au-delà) d'un Transcendant qui intervient objectivement, effectivement et par lui même. Mais il ne s'agit jamais que d'une pure possibilité. Il n'est jamais tenu par rien de le faire .Et quand nous lisons le récit biblique du début de la libération du peuple d'Israël hors d'Égypte, nous voyons en effet que ce Dieu se tait pendant des siècles, entre Joseph et Moïse, et pendant des générations le peuple qu'il a choisi va pleurer, crier, appeler, souffrir, certes ne pas comprendre pourquoi ce Dieu ne vient pas - et un jour, Dieu se souvient...un jour, il s'est tourné vers Israël. Un jour, on ne saitpourquoi... Donc il n'y a aucune certitude historique. Aucune mécanicité danscette décision. Nous sommes parfaitement livrés à notre problème et notre combat. Mais la foi en l'éventualité de la décision du Dieu souverain, foi qui repose sur la connaissance des accomplissements de ses promesses, sur la réalité de sa présence en Jésus Christ, (mais effectivement présence du Transcendant en Jésus Christ, sans quoi celui-ci n'est rien de plus qu'un intéressant exemple d'un certain idéal d'humanité): cette foi donne à vivre parce que tout n'est pas joué. Mais tout n'est pas joué, non parce que le système technicien n'est pas encore fermé, ni parce que je puis encore intervenir: non, on peut affirmer "Tout n'est pas joué, parce que le Transcendant, lui, peut intervenir!" Et dans cette latitude, dans ce jeu qui existe dans les pièces du puzzle, moi je peux m'insérer en tant que personne vivante. Ainsi ce Transcendant est dès ce moment créateur d'un nouveau, à l'intérieur même du milieu technicien, et ce nouveau c'est l'espérance effective qu'il fait naître. Mais c'est véritablement un acte créateurexterne. Ce n'est pas une production spontanée naturelle de ma croyance et de mon idéologie. Tel est, je pense, le premier élément théologique auquel le système technicien nous contraint. Et c'est à partir de cette première donnée,fondamentale, que tout le reste de ces développements est construit, même si je n'y fais pas référence constante. Et finalement pour ceux qui n'acceptent pas ce Transcendant comme réalité dernière, au-delà de notre connaissance et de notre expérience, il faut admettre alors qu'il n'y a strictement aucun autre avenir que la fin technicienne, dans tous les sens de ce terme, et la fin de l'humain, dans le seul sens de l'élimination



[3]  Et je suis bien obligé de renvoyer à mes propres travaux.

 

[4] Et cela donne la mesure de la superficialité des théologies dites de la libération ou de la Révolution, qui partent sans aucun doute de bons sentiments et d'intentions généreuses, mais qui se développent dans une ignorance totale de la condition réelle (et non pas rêvée) de notre monde. Bien entendu, ce sont ces théologiens qui prétendent eux connaître la condition réelle parce qu'il connaissent la misère concrète du Tiers Monde. Mais ils sont très loin d'en avoir compris la raison.

 

[5] Quant au fameux argument, sans cesse repris, selon lequel si l’on veut annoncer l’Evangile à l’homme d'aujourd'hui (qualifié d'irréligieux!), si l'on veut encore pouvoir parler de Jésus Christ, il faut abandonner tous les concepts et le vocabulaire "religieux" d'autrefois et, en particulier, ne plus parler de Transcendance (de toute évidence exclue par la science), il est particulièrement stupide sous une apparence de raison. Tout d'abord, il est bien certain que l'homme, depuis toujours, désire qu'on lui dise ce qui lui plaît, ce qui lui convient, ce qui ne risque pas de le mettre en désaccord avec lui-même ni en conflit avec son milieu! Comment en serait-il autrement! Autrefois plongé dans un monde qu'il n'avait pas créé, il avait besoin qu'on lui parle "religieux surnaturel" parce que cela collait avec son expérience (et ni le Dieu d'Israël, ni Jésus Christ ne collaient!) aujourd'hui parce qu'il est plongé dans le monde mécanique qu'il a fabriqué, il a besoin qu'on élimine leTranscendant: ça va de soi. Mais en obéissant à cette demande on ne fait rigoureusement rien d'autre que ce qu'ont toujours fait les producteurs du discours religieux ordinaire, c'est cela maintenant qui est le discours religieux que l'homme moderne attend, c'est cela qui ne provoque ni contradiction, ni drame: ce n'est pas seulement une question de pouvoir communiquer, c'est effectivement l'adaptation, la conformisation au milieu culturel technicien, donc l'élimination de la révélation! Il faut être bien naïf: la science a commencé par poser en prémisse, en hypothèse, en donnée de base cette inexistence même. Elle a cheminé tout au long en en faisant abstraction.  Et au bout elle retrouve ce qu'elle avait posé au début. Mais rien n'a été "prouvé". Tout réside dans un ensemble de présupposés! (rendant la démarche scientifique possible) produisant des croyances (Monod est caractéristique de ce genre de procession!) rien de plus. Et nous avons montré ailleurs à quel point l'homme moderne est religieux, mais religieux non chrétien et ne tolérant pas le Transcendant. Ceci est autre chose.

 

Par Jean Coulardeau - Publié dans : Articles récents
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 09:30

 

TECHNIQUE  ET  THÉOLOGIE

 

Pourquoi cette publication ? 3

  Introduction

 

1. Situation d’une réflexion théologique sur la Technique     17       

    1.   L’Homme, la Nature et l’artificiel                                                                                  17       

    2.   La Technique selon la Bible :                                                                                        25 

            La Technique selon les premiers chapitres de la Genèse.                                             25

 

2.    Situation de la théologie dans la société technicienne    39       

    1.                                                                                                                                39

2  Théologie de G. Vahanian                                                                                               45

         2.2                                                                                                                          51

         2.3                                                                                                                          52

    3.  Le statut de la Théologie dans la Société Technicienne                                           53

 

3.   Les limites                                                             59

    1.                                                                                                                                 59

    2.  Sur la nature et la création                                                                                            63

3.  Le judéo-christianisme comme négation des limites                                                70

 

4.     Technique et Eschatologie                           87

    1.  Itinéraires                                                                                                                  89

    2.                                                                                                                                 95

3. Recherche pour une Éthique dans une société technicienne                                  99

            a) Qu’est-ce que la technique ?                                                                                  99

            b) De quelques erreurs éthiques traditionnelles à éviter                                           100

            c) L’éthique technicienne                                                                                          102

            d) Les problèmes éthiques soulevés                                                                           104

            e) Propositions pour une éthique                                                                               105

 

5.     La Médiation Éthique                                                     109

1.   Le choix d’une orientation théologique                                                               111

    2.   Le discernement des Esprits : l’esprit de puissance                                                115

      3.  Discernement des Esprits : l’esprit de mensonge                                        120

        

Annexe Chapitre 5                                                                                                            127

 

6.    Prolongements Éthiques                                                 133

    1.  La Non Puissance critique                                                                                         136

    2.  L’Éthique de la Rupture                                                                                           144

            Le Témoignage                                                                                          148

                                   1                                                                                                148

                                   2                                                                                                150

 

    3. L’Espérance immédiatisée                                                                                           157

Intermezzo instinctif et non scientifique                                                                          167

 

Bibliographie                                                                                                                   173

Sommaire                                                                                                                       179

 

 

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Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 17:43

Le 12 décembre 2010

À :

Monsieur Frédéric Rognon

[…]

67 […).

Monsieur le Professeur,

 

Vous semblez profondément indigné par mon refus de vous rencontrer, malgré mon acceptation du départ. Sans mettre en doute votre sincérité, permettez-moi d'apporter les précisions suivantes.

Je vous avais posé de suite un certain nombre de questions. Voir à ce sujet mes lettres des 25 juillet et 20 août. Vous n'avez pas répondu intégralement à celles-ci pas plus qu'à celle du 20 septembre, malgré mon insistance.

Finalement, je ne vous demandai plus que deux choses (ma lettre du 15 novembre) : être sûr que vous condamnez le révisionnisme - vous ne m'avez toujours rien dit des révisionnistes que vous connaissez comme moi - et avoir la certitude que notre conversation ne servirait pas cette cause nauséabonde qui n'hésite pas à utiliser Louis Lecoin, Lanza del Vasto voire Jacques Ellul, j'en ai la preuve.

Au lieu de cela vous montez sur vos grands chevaux, et sortez vos titres comme un cow-boy ses revolvers. Alors permettez-moi d'y regarder de plus prés.

Dans votre lettre du 14 novembre 2010 vous écrivez : «... j'ai repris « Un chrétien pour Israël » et j'ai comparé page après page les deux versions (celle de 1986 et celle rééditée dans « Le défi et le nouveau ») mais je n'ai trouvé aucune différence. Peut-être faudrait-il faire le même travail avec « Israël, chance de civilisation » et les textes originaux qui y sont compilés ». Autrement dit les modifications qui me sont apparues à la simple lecture et que Dominique Ellul reconnaît avoir faites avec son frère Jean ne sont qu'illusion.

Christian Moreau a comparé les deux versions et a trouvé beaucoup d'autres bidouillages dont certains modifient le fond de la pensée de l'auteur. Il a trouvé 74 modifications étalées sur 35 pages. Nous allons nous atteler au deuxième ouvrage.

Que penser de votre affirmation écrite ? Soit vous couvrez les magouilles de Jean et Dominique, soit vous n'avez pas comparé et tentez de me le faire à l'esbroufe, soit enfin vous n'avez rien vu. Dans tous les cas vous vous comportez comme quelqu'un .d'irresponsable, indigne du titre de Professeur d'Université et de tous les autres dont vous vous parez. Où est la « force de la vérité » chère à Lanza del Vasto ?

Dans ma lettre du 20 septembre, je tente de nouer le dialogue avec vous sur la position d'Ellul à propos d'Israël. J'essaie de vous expliquer comment je comprends sa pensée, je vous parle de Camus. Au lieu de me répondre, vous affirmez à chaque courrier qu'Ellul est un inconditionnel d'Israël au point d'en perdre son esprit critique. Ou vous cherchez le conflit ou vous n'avez rien compris. Comment pouviez-vous espérer me convaincre de mes erreurs si vous n'apportez pas d'éléments au débat qui ne saurait être exclusivement oral ? Détail amusant, vous n'envisagez l'erreur que de mon côté !

Il y a quarante ans, à Nantes, j'entendais ce style de propos dans la bouche du pasteur René Cruse discutant avec le pasteur du centre protestant de la ville. Il en tirait la conclusion qu'Ellul étant de droite, il ne fallait pas écouter ses critiques théologiques et sociologiques. Exit l'emmerdeur.

Insidieusement, on retrouve la même chose sous la plume du Professeur Patrick Chastenet. Il écrit dans un document publié sous l'égide de l'Association Internationale Jacques Ellul et extrait de « Jacques Ellul, penseur sans friontières », Le Bouscat, L'Esprit du Temps, 2005 : «...en 1934...il militait au sein d'une mouvance non-conformiste stigmatisée comme « profasciste » par l'intelligensia stalinienne. » Rien ne vient relativiser cette affirmation, bien qu'elle soit contraire à toute la pensée de Jacques Ellul. Dans le même document, le même Chastenet écrit: « Ellul refusait toute filiation intellectuelle avec Martin Heidegger dont il connaissait, dés 1934, l'engagement nazi. » Cette sournoise propagande fait d'Ellul un homme de droite. Et cela finit par porter ses fruits : à Marseille à la 2ième foire aux livres anarchistes le 13 novembre dernier, une dame est venue gentiment m'expliquer qu'Ellul ne pouvait pas être une référence en raison de ses engagements pro-israéliens et anti-musulmans. Ceux qui devraient expliquer, nuancer, ne font que jeter de l'huile sur le feu.

Je ne regrette pas de ne pas vous avoir rencontré. Vous prendrez ce que vous voudrez dans mes textes. Tous ceux qui publient prennent le risque d'être déformés en étant cités, je l'accepte. Si vous ne comprenez pas ce que j'ai écrit sur les mathématiques, vous pourrez toujours demander au Professeur Didier Nordon de vous l’expliquer, puisqu'il a plagié, en l'améliorant, mon texte dans « Les mathématiques pures n'existent pas ». Bien qu'Ellul le lui ai fait remarquer après la première édition, il a récidivé dans la deuxième. Comme dit Alexandre Grothendieck, l'université héberge beaucoup de plagiaires.

Devenu paysan, mes titres ne comptent plus et c'est tant mieux. Je ferai dans l'avenir ce que ma conscience me dictera conformément aux combats qu'Ellul m'a appris à mener.

Cette lettre à été rédigée en collaboration avec Christian Moreau qui la signera avec moi. Nous lui donnerons la publicité que nous jugerons utile.

Dans l'espoir, toujours possible de jours meilleurs, veuillez croire, Monsieur le Professeur, à mon profond regret pour cette fin calamiteuse.

 

Jean Coulardeau                                                               Christian Moreau

 

 

P.S. je tiens, à la disposition de tous ceux qui en feront la demande, la totalité de la correspondance échangée avec Monsieur le Professeur Frédéric Rognon à l'occasion de notre rencontre avortée. A plus tard pour la suite.

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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 11:58
Vendredi 11 décembre 2009
Jean Coulardeau vous invite à la conférence - débat :
"Technique : révolution ou esclavage ?"
qu'il donnera le Vendredi 11 décembre 2009 à 20h30

Salle du cinéma aux  Ollières-sur-Eyrieux - Ardèche
Support à ce débat, le livre de Jean Coulardeau :  "L'ordinatueur dernière Tour de Babel"
Clôturé par le pot de l'amitié - Entrée libre
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 15:19
          "L'université pour tous" de Saint-Etienne organise une conférence le 27 novembre 2009 à 19 heures 30, salle Gabriel Crépet, 42240 Unieux  sur  "Jacques Ellul, une pensée agissante".

           Lorsqu'on évoque Jacques Ellul on pense immédiatement à ses recherches sociologiques sur le système technicien et à ses travaux théologiques. Peu de personnes connaissent ses actions, ses engagements sur le terrain. Pourtant il n'aurait jamais pu penser quelque chose sans le faire. Il n'a jamais laissé se débrouiller seul quelqu'un qui agissait dans une direction qu'il approuvait.

            Ayant eu la chance de le rencontrer et de "collaborer" 32 ans avec lui sur pas mal d'actions contre l'Autorité, je voudrais évoquer cet aspect du personnage. D'une part parce que cela mérite d'être connu, d'autre part en remerciement de ce qu'il m'a permis d'être.

            Homme surprenant et tellement attachant, fuyant les honneurs et toute forme de pouvoir, Jacques Ellul rayonnait, s'attirant bien des animosités au milieu d'amitiés sincères et indéfectibles.

            Par notre dialogue, nous ferons revivre cet homme, pour tenter de le comprendre.


                                                                                                                                Jean Coulardeau    
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Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 16:21
Conférence le 19 février 2009, Ecole de gestion et de commerce

de Chambéry, à 13 heures


Présentation des organisateurs

          Cet ouvrage socio-philosophique reflète les pensées de l'auteur sur la société technicienne. Commencé il y a une vingtaine d'années environ, il présente ses convictions profondes à travers toutes les expériences vécues que Jean Coulardeau aimerait partager avec nous aujourd'hui.

Présentation par l'auteur

          Nous nous interrogerons d'abord sur l'essence de la technique et du système technicien qui modèlent notre monde que ce soit par l'électricité, les OGM, les déchets nucléaires.

             Croire que l'on peut choisir l'utilisation d'une technique est illusoire et nous anesthésie. Le système exclut le tri, il impose la concentration.

         En cas de panne, l'addiction dans laquelle il nous enferme, cette maladie qu'il nous a donnée, peut nous conduire à la mort, comme le manque de "came" condamne le "toxico".

          L'ordinateur devient alors une Tour de Babel, sûrement l'ultime que l'homme aura construite, le moyen de se rendre au moins égal à Dieu. Censé nous servir il précipitera notre chute si nous le laissons faire.

         Nous prendrons conscience que tout un courant de pensée, de plus en plus important, considère la crise comme certaine. D'où la question: peut-on l'éviter?

            Par "la crise" il ne faut pas entendre les péripéties actuelles, mais l'effondrement des fondations artificielles sur lesquelles notre monde est érigé.
          
Par Jean Coulardeau
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Samedi 16 février 2008 6 16 /02 /Fév /2008 10:58
16 avril 2008 à 18 heures : Jean Coulardeau présentera son livre "L'ordinateur, dernière Tour de Babel"  lors d'une conférence qui se tiendra  à la librairie "Scrupule", 24 rue du Faubourd de Fignerolles à Montpellier.
La présentation sera suivie d'un débat sur le thème "L'addiction à la technique nous laisse-t-elle une chance ?"

Pour tout renseignement, adressez vous directement ou par téléphone à la librairie Scrupule  l'après midi seulement (téléphone : 04 67 92 24 18).
Par Jean Coulardeau
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Dimanche 21 octobre 2007 7 21 /10 /Oct /2007 15:49

Réponse de Dominique Ellul au courrier de M. Canat

Le 5/10/07

Chers amis de La Décroissance,
 

            Je découvre votre journal que je ne connaissais pas — quelle lacune ! — avec jubilation grâce à votre ami Jean Coulardeau durement attaqué dans vos lignes au sujet de son livre “L'ordinateur, dernière Tour de Babel”, par un certain Monsieur Canat qui visiblement a un problème avec sa libido.
 

            Voici ma réponse à ce Monsieur et à votre journal par la même occasion: Le combat écologique peut-il s’encombrer d’un débat sur l’homosexualité et un journal tel que La Décroissance n’a-t-il pas à gagner en crédibilité en gardant la neutralité sur un tel sujet. Le thème de l’homosexualité dont M Canat fait tout un plat ne reflète évidemment pas le contenu du livre et alors que Jean Coulardeau parle d’un effet de mode, Monsieur Canat en fait un affront personnel. Je dirais : c'est son problème et votre journal qui remercie ce Monsieur pour sa vigilance risque de se retrouver bientôt sur le divan du psychanalyste, ce serait bien dommage !
 

            Quant au style de Jean Coulardeau que M. Canat attaque sans retenue c’est précisément d’après moi l’un des points forts du livre. J’en déduis que nous n’avons pas dû suivre les mêmes cours de littérature. Il est vrai qu’ayant enseigné cette matière à une époque où M Canat devait commencer à faire des pâtés de sable, nous n’avons pas dû puiser aux mêmes sources !

Enfin, puisque Monsieur vous vous permettez de me juger si sévèrement, genre “petite écervelée qui s’esbaudit pour moins que rien” je vous répondrais qu’il vaut mieux être dithyrambique pour de bonnes raisons que calomniateur pour de mauvaises. Le tableau que vous dressez de Jean Coulardeau est tout simplement ridicule.

Bien à vous

Dominique Ellul

P.S.: Pour mon intronisation dans le “club”, cela me ferait évidemment plaisir que vous passiez mon message au courrier des lecteurs. Merci
Par Jean Coulardeau - Publié dans : tourdebabel
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